Acupuncture et nausées post-chimiothérapie : l’effet secondaire le plus redouté des patients
Un symptôme redouté entre tous
Les nausées et vomissements chimio-induits (NVCI), connus dans la littérature internationale sous l’acronyme CINV (Chemotherapy-Induced Nausea and Vomiting), figurent systématiquement en tête des effets secondaires les plus craints par les patients débutant une chimiothérapie, devant même la perte des cheveux ou la fatigue. On distingue classiquement trois formes selon le délai d’apparition : les NVCI aigus, survenant dans les 24 premières heures avec un pic entre la 4ème et la 10ème heure ; les NVCI retardés, survenant entre 24 et 96 heures après la chimiothérapie, avec un pic entre 48 et 72 heures ; et les NVCI anticipés, qui surviennent avant même l’administration du traitement, déclenchés par l’anxiété et le conditionnement liés à des cycles antérieurs mal contrôlés.
Une prévalence considérable malgré les progrès thérapeutiques
Les données épidémiologiques disponibles, françaises et internationales, soulignent l’ampleur persistante de ce symptôme :
- Jusqu’à 80 % des patients sous traitement anticancéreux souffriront de nausées au cours de leur prise en charge.
- Une étude prospective menée dans un hôpital de jour français, portant sur 1 037 patients, a rapporté une prévalence de 54,5 % de nausées et de 15,9 % de vomissements chimio-induits.
- Sans traitement antiemetique préventif, les protocoles de chimiothérapie hautement émétisants provoquent des vomissements chez plus de 90 % des patients dans les 24 heures suivant leur administration.
- Grâce aux progrès thérapeutiques antiemetiques sur les 40 dernières années, le risque émétique global est passé d’environ 100 % en 1978 à 15 % en 2008 pour les patients recevant des protocoles hautement émétisants associés à une prophylaxie optimale.
- Malgré ces avancées, les nausées et vomissements retardés restent largement sous-estimés par les équipes soignantes, car ils surviennent souvent à distance du lieu de traitement, une fois le patient rentré à domicile.
Un mécanisme neurophysiologique complexe
Les NVCI résultent de l’activation de plusieurs voies neurologiques simultanément :
- Stimulation directe de la zone gâchette chimioréceptrice : les agents de chimiothérapie circulants activent directement cette zone cérébrale, déclenchant le réflexe émétique.
- Libération de sérotonine intestinale : les cellules entérochromaffines de l’intestin grêle libèrent de la sérotonine en réponse à la toxicité chimiothérapique, stimulant les récepteurs 5-HT3 qui déclenchent les nausées.
- Substance P : ce neuropeptide, impliqué notamment dans les nausées retardées, agit via les récepteurs de la neurokinine de type 1.
- Composante anxieuse et anticipatoire : le conditionnement psychologique lié à des expériences précédentes mal contrôlées renforce la composante anticipée des nausées, indépendamment de toute action pharmacologique directe.
Contactez-nous au 01 45 25 35 14
Écrivez-nous
224 Avenue du Maine Paris, 14ème
Des conséquences cliniques significatives
Au-delà de l’inconfort immédiat, les NVCI ont un impact négatif considérable sur la qualité de vie des patients, avec un risque de dénutrition, de déshydratation et de déséquilibre hydroélectrique. Sur le plan psychologique, cognitif, social et émotionnel, ce symptôme peut profondément altérer l’adhésion du patient à son traitement, voire conduire à son refus dans les formes les plus sévères et mal contrôlées. Une étude menée en Ontario et au Québec a par ailleurs révélé que près de 60 % des patients déclarent ne pas se sentir pleinement soulagés par les antiemetiques prescrits, soulignant les limites des traitements conventionnels actuels.
La perspective de la médecine traditionnelle chinoise
En médecine traditionnelle chinoise (MTC), les nausées et vomissements traduisent une perturbation de l’Énergie de l’Estomac, dont la fonction physiologique est de faire descendre le Qi après la digestion. La chimiothérapie, considérée comme une agression toxique violente, perturbe directement ce mouvement naturel de descente, provoquant une remontée du Qi de l’Estomac — décrite comme la cause directe des nausées en MTC. Selon le terrain du patient, cette perturbation peut s’accompagner d’un vide sous-jacent de la Rate et de l’Estomac, ou d’une remontée du Qi du Foie venant agresser l’Estomac, deux tableaux que nous détaillerons dans la seconde partie de cet article.
Références scientifiques
- La Revue du Praticien (2026). Nausées et vomissements induits par la chimiothérapie. Étude prospective française sur 1 037 patients : prévalence de 54,5 % de nausées et 15,9 % de vomissements chimio-induits.
- Mailliez A., Bonneterre J. (2010). Nausées et vomissements chimio-induits : physiopathologie, prophylaxie et recommandations. Bulletin du Cancer, 97(2), 233-243. Données sur la prévention des NVCI chez 70 à 80 % des patients grâce aux antiemetiques modernes ; évolution historique du risque émétique de 100 % en 1978 à 15 % en 2008.
- Lambert, Courcier (Université d’Angers). Épidémiologie des nausées et vomissements chimio-induits. Données sur la prévalence pouvant atteindre 80 % des patients sous chimiothérapie et son impact sur la dénutrition et la déshydratation.
- Mednet CME/CHE. Nausées et vomissements chimio-induits : améliorer la qualité de vie. Étude sur 323 patients sous protocoles hautement émétisants : sous-estimation par le personnel soignant des NVCI retardés.
- Comité soins de support de la SFCE (2023). Nausées et vomissements chimio-induits en oncohématologie pédiatrique : actualisation des recommandations. Recommandations consensuelles françaises adaptées des recommandations POGO.