Hyperinsulinémie, androgènes et SOPK : ce que l’acupuncture peut changer

Acupuncture et sopk à Paris

Le lien entre hyperinsulinisme et androgènes est au cœur de la physiopathologie du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). L’insulinorésistance entraîne une hyperinsulinémie compensatrice ; celle-ci stimule la production ovarienne et surrénalienne d’androgènes, abaisse la SHBG, augmente la testostérone libre et bloque la maturation folliculaire ; les androgènes en retour aggravent l’insulinorésistance. Le SOPK est le résultat de cette boucle, ce qui explique pourquoi les traitements qui réduisent l’insulinémie abaissent les androgènes et restaurent l’ovulation.

 

Un paradoxe tissulaire : la résistance sélective

Dans le SOPK, le muscle, le foie et le tissu adipeux sont résistants à l’insuline (transport du glucose diminué), mais l’ovaire et la surrénale y restent sensibles. L’hyperinsulinémie compensatrice agit donc pleinement sur les tissus stéroïdogènes alors que son effet métabolique est émoussé. Cette résistance est sélective : la voie métabolique (PI3K/Akt) est altérée, tandis que la voie mitogène et stéroïdogène (MAPK/ERK) reste intacte [1,2].

 

Action directe de l’insuline sur l’ovaire

  • Les cellules de la thèque possèdent des récepteurs à l’insuline et à l’IGF-1. L’insuline potentialise l’effet de la LH sur ces cellules et stimule directement les enzymes de la stéroïdogenèse (CYP17, 3β-HSD), augmentant la production de testostérone et d’androstènedione [1,3].
  • Elle augmente la sensibilité hypophysaire au GnRH, ce qui favorise l’hypersécrétion de LH caractéristique du SOPK (rapport LH/FSH élevé) [4].
  • Dans la granulosa, l’excès d’insuline et d’androgènes bloque la maturation folliculaire au stade de petit follicule antral : c’est l’arrêt folliculaire, responsable de l’aspect polykystique et de l’anovulation [5].

 

Action hépatique : la SHBG

L’insuline inhibe la synthèse hépatique de la SHBG (sex hormone-binding globulin). Une SHBG abaissée signifie davantage de testostérone libre, biologiquement active, même lorsque la testostérone totale n’est que modérément élevée. Une SHBG basse est un marqueur indirect fiable de l’insulinorésistance chez ces patientes [6].

 

Action surrénalienne

L’insuline majore la réponse surrénalienne à l’ACTH, contribuant à l’élévation du DHEA-S observée chez 20 à 30 % des femmes atteintes [7].

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Rétroaction des androgènes sur l’insulinorésistance

Le cercle se referme : les androgènes en excès favorisent la répartition viscérale des graisses, réduisent la masse musculaire oxydative et augmentent les acides gras libres circulants, ce qui aggrave l’insulinorésistance et donc l’hyperinsulinémie. L’exposition prénatale aux androgènes pourrait programmer cette résistance dès la vie fœtale (hypothèse développementale) [8].

 

Le rôle du poids, mais pas seulement

L’obésité amplifie le phénomène (inflammation adipeuse, leptine, cytokines), mais 30 à 50 % des femmes minces atteintes de SOPK présentent aussi une insulinorésistance intrinsèque, probablement liée à un défaut post-récepteur : phosphorylation anormale du récepteur de l’insuline sur les résidus sérine, qui altère par ailleurs l’activité de la CYP17 et augmente ainsi la production d’androgènes [2,9].

 

Conséquences thérapeutiques

Réduire l’insulinémie abaisse les androgènes et restaure l’ovulation : c’est le fondement de la perte de poids, de l’activité physique, de la metformine et des inositols [10]. L’électroacupuncture basse fréquence agit sur ce même axe en diminuant l’activité sympathique et le HOMA-IR, avec baisse de la testostérone et amélioration de la fréquence ovulatoire dans les essais de Stener-Victorin [11,12].

 

Les bénéfices de l’acupuncture dans le SOPK

L’acupuncture intervient à plusieurs niveaux de la boucle décrite ci-dessus, ce qui en fait un complément cohérent de la prise en charge.

Sur l’insulinorésistance et l’hyperinsulinémie. L’électroacupuncture basse fréquence (2 Hz) réduit l’activité nerveuse sympathique musculaire mesurée par microneurographie, augmente la captation de glucose corps entier par une voie autonome, et abaisse le HOMA-IR après 12 à 16 semaines [11,13]. Une séance unique modifie déjà l’expression de gènes de la signalisation insulinique dans le tissu adipeux [14].

Sur les androgènes. Les essais contrôlés de Jedel et al. montrent une baisse de la testostérone totale et libre, une hausse de la SHBG et une diminution des scores d’hirsutisme, avec un effet comparable à celui de l’exercice physique [12].

Sur l’ovulation et la fertilité. L’électroacupuncture augmente la fréquence des cycles ovulatoires et régularise les menstruations ; la méta-analyse de Jo et al. confirme l’amélioration du taux d’ovulation, sans preuve solide d’augmentation du taux de naissances vivantes en FIV [15,16]. Elle peut s’associer au citrate de clomifène ou au létrozole.

Sur le poids et l’appétit. Perte de poids modeste mais significative (1,5 à 3 kg), réduction du tour de taille et régulation de la leptine et de l’adiponectine, surtout en association avec des mesures diététiques [17].

Sur l’axe hypothalamo-hypophysaire. Modulation de la pulsatilité du GnRH et du rapport LH/FSH par les β-endorphines centrales, ce qui agit sur l’hypersécrétion de LH [18].

Sur les symptômes associés. Amélioration de l’anxiété, de la dépression et de la qualité du sommeil, fréquents dans le SOPK et eux-mêmes facteurs d’insulinorésistance [19].

Points utilisés dans les protocoles. Les essais suédois et chinois utilisent principalement ST36 (Zusanli), SP6 (Sanyinjiao), SP9 (Yinlingquan), CV3 (Zhongji), CV4 (Guanyuan), CV6 (Qihai), ST29 (Guilai), LI4 (Hegu) et LR3 (Taichong), en électroacupuncture 2 Hz sur les points abdominaux et des membres inférieurs, deux séances par semaine puis une par semaine, pendant 16 semaines.

Lecture de la MTC. Le SOPK correspond le plus souvent à un Vide de Qi de la Rate et de Yang du Rein avec accumulation d’Humidité-Mucosités et Stase de Sang dans l’Utérus ; les points ci-dessus visent à tonifier la Rate et le Rein, transformer l’Humidité et mobiliser le Sang.

Limites. Les essais sont de taille modeste, les protocoles hétérogènes, et l’effet reste inférieur à celui de la metformine sur les paramètres métaboliques. L’acupuncture s’inscrit en complément de la perte de poids, de l’activité physique et des traitements recommandés, jamais en remplacement.

 

Schéma de la boucle

Insulinorésistance (muscle, foie, tissu adipeux) → hyperinsulinémie compensatrice → stimulation de la thèque (CYP17, potentialisation de la LH) + baisse de la SHBG hépatique + réponse surrénalienne accrue → excès d’androgènes totaux et libres → arrêt folliculaire, anovulation, hirsutisme → graisse viscérale, acides gras libres, inflammation → aggravation de l’insulinorésistance.

Références scientifiques

  1. Diamanti-Kandarakis E, Dunaif A. Insulin resistance and the polycystic ovary syndrome revisited: an update on mechanisms and implications. Endocr Rev. 2012;33(6):981-1030.
  2. Dunaif A. Insulin resistance and the polycystic ovary syndrome: mechanism and implications for pathogenesis. Endocr Rev. 1997;18(6):774-800.
  3. Nestler JE, Jakubowicz DJ, de Vargas AF, Brik C, Quintero N, Medina F. Insulin stimulates testosterone biosynthesis by human thecal cells from women with polycystic ovary syndrome by activating its own receptor and using inositolglycan mediators as the signal transduction system. J Clin Endocrinol Metab. 1998;83(6):2001-2005.
  4. Rosenfield RL, Ehrmann DA. The pathogenesis of polycystic ovary syndrome (PCOS): the hypothesis of PCOS as functional ovarian hyperandrogenism revisited. Endocr Rev. 2016;37(5):467-520.
  5. Franks S, Stark J, Hardy K. Follicle dynamics and anovulation in polycystic ovary syndrome. Hum Reprod Update. 2008;14(4):367-378.
  6. Nestler JE, Powers LP, Matt DW, et al. A direct effect of hyperinsulinemia on serum sex hormone-binding globulin levels in obese women with the polycystic ovary syndrome. J Clin Endocrinol Metab. 1991;72(1):83-89.
  7. Moghetti P, Castello R, Negri C, et al. Insulin infusion amplifies 17α-hydroxycorticosteroid intermediates response to adrenocorticotropin in hyperandrogenic women. J Clin Endocrinol Metab. 1996;81(3):881-886.
  8. Abbott DH, Dumesic DA, Franks S. Developmental origin of polycystic ovary syndrome: a hypothesis. J Endocrinol. 2002;174(1):1-5.
  9. Zhang LH, Rodriguez H, Ohno S, Miller WL. Serine phosphorylation of human P450c17 increases 17,20-lyase activity: implications for adrenarche and the polycystic ovary syndrome. Proc Natl Acad Sci USA. 1995;92(23):10619-10623.
  10. Teede HJ, Misso ML, Costello MF, et al. Recommendations from the international evidence-based guideline for the assessment and management of polycystic ovary syndrome. Hum Reprod. 2018;33(9):1602-1618.
  11. Stener-Victorin E, Jedel E, Janson PO, Sverrisdottir YB. Low-frequency electroacupuncture and physical exercise decrease high muscle sympathetic nerve activity in polycystic ovary syndrome. Am J Physiol Regul Integr Comp Physiol. 2009;297(2):R387-R395.
  12. Jedel E, Labrie F, Odén A, et al. Impact of electro-acupuncture and physical exercise on hyperandrogenism and oligo/amenorrhea in women with polycystic ovary syndrome: a randomized controlled trial. Am J Physiol Endocrinol Metab. 2011;300(1):E37-E45.
  13. Johansson J, Redman L, Veldhuis PP, et al. Acupuncture for ovulation induction in polycystic ovary syndrome: a randomized controlled trial. Am J Physiol Endocrinol Metab. 2013;304(9):E934-E943.
  14. Kokosar M, Benrick A, Perfilyev A, et al. A single bout of electroacupuncture remodels epigenetic and transcriptional changes in adipose tissue in polycystic ovary syndrome. Sci Rep. 2018;8(1):1878.
  15. Jo J, Lee YJ, Lee H. Acupuncture for polycystic ovarian syndrome: a systematic review and meta-analysis. Medicine (Baltimore). 2017;96(23):e7066.
  16. Wu XK, Stener-Victorin E, Kuang HY, et al. Effect of acupuncture and clomiphene in Chinese women with polycystic ovary syndrome: a randomized clinical trial. JAMA. 2017;317(24):2502-2514.
  17. Zhang K, Zhou S, Wang C, Xu H, Zhang L. Acupuncture on obesity: clinical evidence and possible neuroendocrine mechanisms. Evid Based Complement Alternat Med. 2018;2018:6409389.
  18. Stener-Victorin E, Wu X. Effects and mechanisms of acupuncture in the reproductive system. Auton Neurosci. 2010;157(1-2):46-51.
  19. Stener-Victorin E, Holm G, Janson PO, Gustafson D, Waern M. Acupuncture and physical exercise for affective symptoms and health-related quality of life in polycystic ovary syndrome: secondary analysis from a randomized controlled trial. BMC Complement Altern Med. 2013;13:131.

Les références sont citées d’après la littérature publiée ; il est recommandé de vérifier volumes et pages avant diffusion formelle.

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